Fanfiction Lady Oscar – Trahison – Chapitre 5 : Tentation

Posté par marayahoneychan le 18 avril 2009

Résumé : Après avoir été blessé, capturé et jeté en prison, André découvrira qu’Oscar est gravement malade. Le jeune homme mettra alors tout en oeuvre pour tenter de lui sauver la vie…

 

Chapitre 5 : Tentation 

Je restais des heures et des heures assise à côté de la fenêtre à contempler le ciel. Je ne cessais de penser à André, aux raisons qui l’avaient poussé à agir de la sorte. Il m’avait pourtant promis qu’il m’épouserait !

Cet instant resterait à jamais ancré dans ma mémoire.

Nous venions de partager notre première nuit de passion_ la seule d’ailleurs que nous n’ayons jamais eu_ et André caressait doucement ma peau en prenant soin de sonder la moindre petite parcelle de mon corps dénudé. La volupté de ses gestes, le contact de sa peau sur la mienne me donnait l’impression d’être plus femme que jamais. J’aurais alors tout donné pour que cette sensation de plaisir et de béatitude dure pour l’éternité. Le souffle de ses lèvres sur mon oreille me ramena à la réalité et j’eus alors la joie d’entendre prononcés les mots auxquels j’aspirais le plus depuis que j’avais pris conscience de l’importance d’André dans ma vie. « Oscar, veux-tu devenir ma femme ? Je sais que je ne suis pas noble et que je suis loin de mériter tout ce que tu es prête à me donner, mais je ferai tout, oui tout pour te rendre heureuse. Sois-en certaine, Oscar, jamais tu n’auras à regretter de m’avoir épousé. ». Ses paroles signifiaient tant pour moi ! Je croyais en lui comme jamais je n’aurais cru pouvoir le faire ! Mais malheureusement, je m’étais lourdement trompée sur son compte. Certes, j’aurais peut-être dû lui parler plus tôt de ma maladie mais je voulais l’épargner, l’empêcher de souffrir, lui permettre de profiter pleinement de la petite étincelle de bonheur qui s’offrait à nous. Je craignais qu’il ne puisse supporter l’idée de me savoir mourante. J’avais envie de le voir sourire et non sombrer dans le désespoir. Jamais je n’aurais cru qu’il fût incapable de m’aimer suffisamment pour me soutenir dans cette pénible épreuve. Je le savais fragile mais pas lâche. J’étais profondément déçue. Mais surtout j’avais mal, très mal car je savais pertinemment que mes sentiments pour lui ne disparaîtraient jamais. Toute la souffrance du monde ne suffirait pas à éteindre le feu qui brûlait en moi. J’aimais André et continuerais sans doute de l’aimer jusqu’à ma mort. Lui pardonner était peut-être difficile mais le haïr l’était encore plus.

La vie que je menais chez Monsieur Ferguson n’était pas aussi contraignante que je ne l’aurais cru. Celui que je devais désormais considérer comme mon mari était doux et prévenant envers moi. Il faisait son possible pour me faire plaisir et me soignait du mieux qu’il pouvait. Mais le mal qui me rongeait n’avait pas disparu. Loin de là même. Je le sentais prêt à me dévorer toute entière à chaque instant. La moindre faiblesse de ma part, le moindre petit laisser-aller et je disparaissais pour toujours, emportant avec moi les souvenirs d’un amour malheureux. J’aurais pu choisir de me laisser mourir, après tout, plus rien ne me retenait à la vie, mais les deux mois que j’avais déjà passés en compagnie de mon époux m’avaient permis d’entrevoir son immense solitude. La douleur que j’avais pu lire dans ses yeux avait eu raison de moi. Je ne pouvais abandonner cet homme. Même si je ne lui pardonnais toujours pas ce mariage forcé, je sentais bien qu’il n’avait pas agi par pur égoïsme mais uniquement par désespoir. Il aimait tant sa femme, il me l’avait avoué un jour où nous discutions de mon état de santé. Les sourires que me destinait cet homme lorsqu’il se plaisait à croire que j’étais celle qu’il avait tendrement aimée pendant plus de trente ans étaient ma seule consolation en ces temps si noirs.

« Pour lui, je m’efforcerai de vivre, de lutter contre ma maladie quelques temps encore… jusqu’à ce que la mort m’emporte loin de celui qui resterait à jamais le dernier homme de ma vie. »

***

Je commençais à désespérer d’entrevoir un jour la magnifique chevelure blonde d’Oscar. Contrairement à ce que je croyais, Monsieur Ferguson n’habitait plus à Paris. J’avais pourtant pris des risques pour m’y rendre mais n’avait trouvé qu’une vieille bâtisse vide et délabrée. Deux mois s’étaient écoulés depuis lors, et toujours aucune trace d’Oscar. C’est à croire qu’elle s’était évaporée dans la nature. J’avais pourtant cherché partout. Oh Oscar ! Où êtes-vous ? Je deviens fou. J’ai tant besoin d’admirer votre beauté, d’entendre votre voix, de plonger mon regard dans vos yeux pervenche….

Je m’arrêtai net. Là devant moi, au milieu des arbres de la forêt, se tenait une jeune femme d’une beauté saisissante ! Ses longs cheveux blonds virevoltaient au gré du vent. Un majestueux cheval couleur baie trônait à ses côtés et semblait veiller à ce que personne ne dérange sa maîtresse. Si cette jeune femme n’avait pas été vêtue d’un robe bleu azur, j’aurais pu croire qu’il s’agissait d’Oscar. Mais tout le monde savait bien qu’Oscar ne portait pas ce genre de vêtement. Sauf à de trop rares occasions. Incapable de détacher les yeux de cette envoûtante silhouette, je restais là, à la dévorer des yeux. Soudain, la jeune femme se retourna vers moi et je pus apercevoir la profondeur de son regard bleu pervenche. Je n’en revenais pas ! Oscar, c’était Oscar !

J’accourai vers elle sans me soucier des convenances et la serrai dans mes bras.

- Oh, Oscar ! Oscar ! Je vous retrouve enfin ! Si vous saviez la peur que j’ai eue en apprenant votre enlèvement par un de mes hommes ! Je pensais ne plus jamais vous revoir…
- Fer… Fersen ? Mais que faîtes-vous là ? Comment m’avez-vous retrouvée ?
- Oh, Oscar… Ne vous inquiétez plus… Maintenant que je suis là, vous ne craignez plus rien… Jamais plus, je ne vous laisserai seule…

Je remontai mes bras dans sa chevelure dorée et serrai son corps encore plus fort. Je ne voulais plus la voir m’échapper. Je l’aimais tant !

- Fersen ? Mais que vous arrive-t-il, mon ami ? Pourquoi me serrez-vous ainsi ? Je ne vous reconnais pas…
- Oscar, je vous aime !! Je vous aime tant !
- Co… comment ? Ai-je bien entendu ? Vous… vous m’aimez ?
- Oui je vous aime Oscar ! Oh si vous saviez comme je vous aime… !
- Et… et la Reine ?
- Mais qu’importe la Reine, Oscar ! Vous êtes désormais la seule pour moi… la seule qui compte… la seule qui n’ait jamais compté !

Je m’écartai d’elle et posai mes deux mains sur ses épaules.

- Oscar, je vous demande pardon… pardon de vous avoir fait souffrir toutes ces années en refusant l’évidence… mais tout va changer ! Je prendrai soin de vous, Oscar ! Nous nous marierons…
- Nous marier… murmura-t-elle d’une voix brisée… mais c’est impossible, Fersen, je suis déjà l’épouse d’un autre… et puis…

Oscar posa sa tête contre mon épaule et commença à sangloter doucement. Je refermai mes bras sur elle, désireux de lui communiquer un peu de réconfort.

- Je suis au courant Oscar… Mais cela n’a aucune importance… J’irai voir cet homme et le convaincrai d’annuler ce mariage qui n’a pas lieu d’être. Je connais votre mari, c’est un homme bon.

A ces mots, Oscar releva la tête et posa ses yeux emplis de larmes sur mon visage.

- Mais Fersen, je ne peux pas quitter cet homme !
- Enfin, Oscar que me dîtes-vous là ? Vous n’allez quand même pas me faire croire que vous êtes tombée amoureuse de Monsieur Ferguson ?
- Non bien sûr que non… mais… je lui ai promis… si jamais je rompais cette promesse, oh mon Dieu, je ne veux même pas y penser !

Alarmé par ces dernières paroles, j’écarquillai les yeux et haussai le ton.

- Oscar, ne me dîtes pas que… qu’il a osé vous toucher !!!

L’idée même qu’Oscar ait pu subir les violences de cet homme me glaçait d’effroi.

- Mais qu’allez-vous chercher là Fersen ? Bien sûr que non ! Vous m’inquiétez, vous savez, je ne vous ai jamais vu comme ça avant aujourd’hui…
- Pardon, Oscar… moi-même je ne me reconnais plus… mais je vous aime tant que la seule pensée de vous savoir dans les bras d’un autre me révolte !

La rougeur que je perçus sur les joues d’Oscar à cet instant m’enchanta au plus haut point. Même si elle n’avait pas encore répondu à mes attentes, je sentais bien que ma déclaration d’amour ne la laissait pas indifférente. Et cela m’encourageait à persévérer. Je me mis à genoux devant elle.

- Je vous en prie, Oscar, acceptez de m’épouser !
- Fersen !
- Je vous en prie, Oscar. Je ferai de vous la femme la plus heureuse du monde.

Pour lui témoigner la profondeur de mes sentiments, je déposai un baiser furtif sur le dos de sa main. Son trouble était à présent évident.

- Vos paroles me vont droit au cœur, mon ami mais sachez que je ne puis accéder à votre requête.
- Mais puisque je vous dis que j’irai lui parler !
- Là n’est pas le problème Fersen ! Même s’il acceptait de me rendre ma liberté, je ne pourrai vous épouser !
- Mais… ?
- Ne m’interrompez pas, Fersen et écoutez-moi. Je vous ai aimé, de tout mon cœur. Mais vous n’étiez pas libre. J’ai souffert de cette situation pendant des années. J’ai cru que le bonheur me fuyait. Mais je me trompais. Le bonheur ne me fuyait pas. Non, je lui tournais le dos. Je ne m’étais pas aperçu à quel point André comptait pour moi. Mais aujourd’hui, j’en ai pris conscience….
- Ah non ! Ne me parlez pas d’André ! Ne me parlez pas de cet être ignoble qui vous a lâchement abandonné à votre sort ! Je le hais, si vous saviez comme je le hais !!
- Fersen… mais comment… comment savez-vous ce qu’André m’a fait ?

Les yeux d’Oscar s’étaient arrondis sur le coup de la surprise. Son inquiétude était évidente. Elle l’aimait donc tant…

- C’est lui qui me l’a dit, pardi ! Il n’a même pas eu honte d’avouer ses torts !
- Vous l’avez rencontré ? me demanda-t-elle, le ton plein d’espoir.

C’en était trop. La jalousie s’empara de moi.

- Oui, je l’ai rencontré ! Dans la prison où vous étiez enfermés et il a voulu m’empêcher de vous porter secours ! Vous m’entendez, Oscar ? André voulait vous abandonner, il voulait vous laisser seule à la merci de ces hommes !!

La déception que je pus lire sur le visage d’Oscar suite à mes révélations était plus que je n’en pouvais supporter. D’un geste brusque, je saisis son menton et écrasai mes lèvres sur les siennes.

- Je vous aime, Oscar ! Oubliez André ! Oubliez-le, il ne vous mérite pas !!!

Choquée par mon audace, Oscar ne répondit pas. Ses yeux exprimaient tant d’émotions à cet instant précis qu’il me fut impossible de deviner ses pensées.

Un bruit de tonnerre retentit et la pluie se mit à tomber. Nous fûmes rapidement trempés jusqu’à l’os. Je détachai ma cape et plaçai celle-ci au-dessus de la tête d’Oscar pour la protéger.

- Je pense que nous devrions chercher un endroit pour nous abriter… Nous continuerons à parler une fois au sec…

Oscar acquiesça d’un signe de tête et nous nous enfonçâmes dans la forêt à la recherche d’un abri.

***

Après une longue course dans la forêt, nous étions finalement parvenus à trouver une petite cabane en bois abandonnée. Nous décidâmes de nous y réfugier le temps de l’orage.

Je regardais Fersen embraser les cendres de la cheminée pour nous réchauffer. Je sentais encore la chaleur de ses lèvres sur les miennes. Sa déclaration avait été si soudaine que je ne m’en remettais toujours pas. Je ne pouvais y croire. Axel de Fersen, amoureux de moi ?! Comme j’avais pu rêver de cet instant il y a quelques années ! Mais aujourd’hui, les choses avaient changé. J’aimais André. Même s’il me faisait souffrir, mon amour pour lui était intact. Et pourtant, j’aurais tant voulu me réjouir de la déclaration de Fersen. Sa sincérité me touchait tellement…

Fersen prit place à côté de moi et m’essuya le visage avec son mouchoir de soie. Je le laissai faire sans manifester la moindre réaction. Le contact du tissu sur mes joues me troublait. Je fermai les yeux pour apaiser les sensations qu’éveillait en moi ce geste empli de tendresse et d’affection. Lorsque je rouvris les yeux, le visage de Fersen n’était plus qu’à quelques centimètres du mien.

- Oscar, je vous aime. Permettez-moi de vous embrasser à nouveau.

En guise de réponse, j’abaissai mes paupières tout en entrouvrant légèrement la bouche. Une fraction de seconde plus tard, je pouvais sentir les lèvres de Fersen effleurer les miennes. Je m’en voulais d’agir ainsi mais la tentation était trop forte. En outre, je me sentais si seule, oui si désespérément seule… que le moindre réconfort était bon à prendre. Fersen intensifia la pression de ses lèvres et me renversa sur le dos. J’étais à présent à sa merci. Je décidai d’oublier momentanément tous mes tourments, m’abandonnant progressivement à l’homme allongé sur moi. Son impatience était évidente. Je le sentais fébrile et désireux de me voir entièrement nue. Pourtant, Fersen se retint de peur de me brusquer. Il commença à me déshabiller lentement.

Alors qu’il se penchait sur moi pour embrasser ma poitrine dénudée, un bruit assourdissant lui fit relever la tête. Nos regards se croisèrent puis nous détournâmes les yeux en direction de la porte. La pluie et le vent s’engouffrèrent violemment dans la pièce. Au beau milieu de l’entrée, se dessinait la silhouette d’un homme que je reconnus aussitôt.

- André !

Mes yeux s’arrondir d’horreur à sa vue. Son œil nous fixait intensément. Mais je n’y décelai ni colère ni rancœur. Juste une tristesse immense. Cette vision me fendit le cœur.

Sans la moindre hésitation, Fersen se précipita vers lui et le saisit par le col de sa chemise.

- Comment oses-tu te présenter à nouveau devant Oscar après ce que tu lui as fait ? Je t’avais pourtant dit que je ne voulais plus jamais te voir t’approcher d’elle !

André semblait ignorer totalement la présence de Fersen. Il n’avait pas détaché son œil de mon corps une seule seconde. Je sentis la honte s’emparer de moi. D’une main tremblante et maladroite, je remontai le bustier de ma robe et baissai les yeux.

Exaspéré par le silence d’André, Fersen se préparait à le jeter dehors, lorsqu’une quinte de toux abominable me fit presque cracher mes poumons. Deux paires d’yeux alarmés se posèrent sur moi, me fixant avec effroi, tandis que je m’effondrais au sol, inconsciente.

A suivre…

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Fanfiction Lady Oscar – Trahison – Chapitre 4 : La promesse de Fersen

Posté par marayahoneychan le 18 avril 2009

Résumé : Après avoir été blessé, capturé et jeté en prison, André découvrira qu’Oscar est gravement malade. Le jeune homme mettra alors tout en oeuvre pour tenter de lui sauver la vie…

 

Chapitre 4 : La promesse de Fersen

Je n’en revenais toujours pas. Fersen ? Ici ? Mais comment diable avait-il fait pour nous retrouver ? Ah mais, oui, j’oubliais. Fersen était un héros sans faille qui arrivait toujours à point nommé ! Mais comment avais-je pu omettre ce détail !! Comme je le haïssais d’être si parfait ! Oscar avait toujours eu tant d’admiration pour lui ! Elle en était même tombée amoureuse…

- Tiens, Oscar n’est pas avec toi, André ?

Oscar… Pourquoi fallait-il qu’il soit si cruel avec moi ? Pourquoi ? J’estimais avoir déjà suffisamment souffert sans qu’il me rappelle l’énorme erreur que je venais de commettre… Oh, Oscar, Oscar qu’ai-je fait ?

- Non, Oscar n’est pas là, Fersen… Oscar ne sera plus jamais là… Je l’ai trahie… vous m’entendez, TRAHIE !

Tout en prononçant ces paroles, je m’étais approché de Fersen et l’avais saisi par le col. La rage m’aveuglait. Je ne savais plus ce que je faisais.

- Comment André ?… Mais que…
- VOUS NE COMPRENEZ DONC PAS… J’AI ABANDONNEE OSCAR !!

Fersen était estomaqué par mon attitude et ne semblait pas comprendre où je voulais en venir. Il restait là, immobile, à me fixer avec ses yeux exorbités sans oser articuler un seul mot.

Je baissai la tête et serrai les dents.

- Je ne suis pas digne d’elle, Fersen. J’ai laissé ces hommes l’emmener contre son gré…. je les ai même aidés !! Ce médecin voulait faire d’Oscar sa femme et moi… moi… je n’ai…. ARHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH !

J’hurlai de désespoir ! Je n’en pouvais plus… La douleur qui m’étreignait le cœur s’accentuait de minute en minute…

- Comment André ? Qu’avez-vous fait ? Vous avez offert Oscar en pâture à ses hommes !!!! Mais pourquoi André ? Pourquoi ?

Sous le coup de l’émotion, Fersen s’était écarté de moi, les poings serrés et me regardait atterré.

- Mais parce que je suis lâche !! Oscar est mal…

J’eus à peine le temps de prononcer ces mots qu’un poing d’une fureur sans égale s’abattait sur ma joue. La puissance du coup fut telle que je fus propulsé au sol. Je n’avais pas rêvé, Fersen, cet homme exemplaire, d’habitude si calme et si prévenant, venait de m’envoyer son poing dans la figure ! Ma surprise était immense. Jamais je n’aurais cru Fersen capable d’exprimer ainsi l’émotion qu’il contenait… même si, oui même si au fond, j’espérais qu’il se comporte ainsi… J’avais envie de me battre, de me vider de la rage qui m’habitait et n’avais trouvé meilleur moyen pour déverser cette colère que d’affronter le seul homme qui m’avait un jour volé le cœur de celle que j’aimais !

- André !!! Mais comment as-tu pu… je croyais que tu l’aimais ! Si j’avais su… si j’avais su…

Je ne lui laissai pas le temps de terminer sa phrase. Mon poing rageur fondit sur lui. Malgré son agilité, Fersen ne put l’esquiver et n’eut d’autre choix que de le recevoir en plein visage. Sa riposte ne se fit pas attendre et nous entamâmes une lutte acharnée, violente destinée à évacuer le flot d’émotions contraires qui s’était amoncelé en nous au fil des années. Même si je n’en avais jamais rien dit à Oscar, j’avais toujours su, au plus profond de moi, que Fersen n’était pas indifférent à son charme. La façon qu’il avait parfois de la regarder ne trompait personne. Sa réaction ne m’étonnait guère et était justifiée. Je méritais sa rancœur.

Lorsqu’à bout de force, nous fûmes dans l’impossibilité de poursuivre notre combat, nous nous laissâmes tomber lourdement sur le sol de la prison, les bras en croix.

- André… il y a trop longtemps que mon cœur se tait… que mon cœur souffre de constater le lien inébranlable qui vous lie tous les deux… mais aujourd’hui, je ne peux plus, non, je ne peux plus en supporter davantage… je ne sais pas exactement ce qui s’est passé entre toi et Oscar ces derniers jours mais sache une chose André, je ne tolèrerai plus que tu lui fasses du mal… tu es allé trop loin… pour sauver ta vie, tu as lâchement abandonné celle qui t’était le plus cher… aussi je te demanderai de ne plus jamais t’approcher d’elle… Ne t’en fais pas, je la sauverai des griffes de cet homme… mais après cela, je refuse que tu poses ne serait-ce qu’un doigt sur elle ! Tu m’as bien compris André ?

J’avais écouté sans mot dire le discours de mon éternel rival. Fersen avait parlé d’une voix calme et glacée. Ses paroles raisonnaient en moi, me faisant l’effet d’un poignard. Bien que cela me brise le cœur, je devais admettre qu’il avait raison. Je n’avais pas su prendre soin d’Oscar. Bien sûr, je n’avais pas agi ainsi pour sauver ma peau mais peu importait à présent, j’avais commis l’irréparable et je devais payer. Toutefois, je ne pouvais me résoudre à laisser Fersen sauver Oscar. Malgré mon chagrin, je n’oubliais pas la raison pour laquelle j’avais accepté de laisser ces agresseurs l’emmener. Oscar était mourante et Fersen ne devait absolument pas empêcher sa guérison.

- Que les choses soient claires, Fersen, je n’ai pas d’ordre à recevoir de vous !! Et je vous interdis d’aller porter secours à Oscar !
- Comment André ? Que me dis-tu là ? Tu voudrais que je laisse Oscar aux mains de ses ravisseurs ? Sais-tu seulement ce qu’ils pourraient lui faire ?
- Mais que croyez-vous donc, Fersen ? Que je n’y ai pas déjà réfléchi ?! J’ai bien l’impression que vous ne comprenez pas l’ampleur de la situation dans laquelle se trouve Oscar. Si j’ai agi de la sorte, c’est pour le bien d’Oscar…
- Pour le bien d’Oscar ? Tu m’en diras tant !! Je crois que toi et moi, André, n’avons pas la même conception de ce qui est bien ou mal !
- Oh et puis faîtes ce que bon vous semble ! criai-je excédé par l’obstination de cet homme. De toute façon, à l’heure qu’il est, Oscar doit certainement déjà être mariée…

J’avais prononcé ces mots avec une telle facilité que je m’en étonnais moi-même. Outré, Fersen se releva d’un bond et se précipita vers l’entrée du cachot. Je le sentais en proie à une panique gigantesque. Ses pas cessèrent lorsqu’il atteignit la porte. Il se retourna une dernière fois vers moi.

- Tu me déçois, André. Je ne pensais pas que tu pouvais être ignoble à ce point. Ne t’approche plus jamais d’Oscar ou il t’en coûtera !

Et il disparut dans le couloir sans même prendre le temps de refermer la porte. J’aurais pourtant juré qu’il la verrouillerait. Mais non. Dans son empressement à vouloir sauver Oscar, il en avait même oublié de me réduire à l’état de loque vivante, en m’enfermant à jamais dans cette cellule puante. A moins qu’il ne l’ait fait exprès ? Non, je ne pouvais y croire.

« Allez, André, ressaisis-toi. Tu dois fuir d’ici. Pour Oscar. Pour la protéger sans qu’elle le sache… Elle a besoin de toi… A nouveau, tu la suivras comme son ombre… mais cette fois tu ne reverras plus jamais la lumière… »

***

Je galopais aussi vite qu’il m’était alors possible de le faire. Je voulais à tout prix empêcher ce mariage. André avait parlé d’un médecin, me semblait-il. Ce ne pouvait être que Monsieur Ferguson. Je le connaissais pour avoir déjà eu affaire à lui, le jour où j’avais empêché la pendaison d’André. J’avais été blessé et cet homme m’avait offert son aide. Ce médecin n’était pas un mauvais bougre. Il était juste désespéré après la mort tragique de son épouse l’année dernière. Sa femme et lui avaient toujours œuvré pour la liberté, d’où son alliance avec « le clan des opprimés ». Et je ne pouvais l’en blâmer même si je n’avais jamais eu le courage d’en faire autant ! Rien qu’à l’idée de trahir la confiance de la Reine, j’en avais été malade. Et pourtant Dieu seul savait à quel point j’aurais voulu suivre Oscar dans sa rébellion contre la royauté. Je n’avais pas voulu trahir la Reine mais comprenais aisément les raisons qui avaient poussé une âme aussi noble qu’Oscar à renier ses origines pour rejoindre le peuple dans sa lutte acharnée contre l’absolutisme. Mais aujourd’hui, les choses avaient changé. J’avais réalisé que mon admiration pour Oscar était en fait de l’amour et qu’il surpassait même celui que j’éprouvais pour la Reine. J’avais ouvert les yeux au moment même ou je me rendais compte de l’intensité des sentiments qui liaient Oscar à André. Mais pourquoi avais-je mis tant de temps à réaliser l’évidence ! Si je m’étais rendu compte plus tôt de mes sentiments, nous aurions pu être heureux… oui heureux ! Mais malheureusement, je n’avais pas su ouvrir les yeux au bon moment. Sa déception avait dû la pousser à considérer André autrement que comme un simple ami. Et voilà qu’aujourd’hui Oscar souffrait de ce choix qui, si j’avais été plus clairvoyant, n’aurait jamais eu lieu. Ah André, ce que je pouvais le haïr de s’être ainsi comporté avec celle qui faisait à présent battre mon cœur plus que de raison ! Même si je le jalousais depuis longtemps maintenant, jamais je ne l’aurais cru capable de tant de lâcheté envers celle qu’il prétendait aimer depuis sa plus tendre enfance. La vie d’Oscar n’avait aucune importance à ses yeux, seule comptait sa propre existence ! Si Oscar avait été avec moi à l’instant de son enlèvement, je n’aurais jamais permis qu’on lui fasse du mal ! Mais j’allais me rattraper et empêcher ce mariage, dussé-je y laisser ma vie.

***

Je m’étais réveillée dans cette chambre inconnue sans vraiment me souvenir des circonstances qui m’y avaient conduites. Tout ce dont je me rappelais concernait le regard vide et inexpressif d’André. Je ne parvenais pas à décrypter les signes que m’envoyaient son œil. J’avais beau faire, je ne parvenais pas à comprendre son changement d’attitude. Lui qui était si triste à l’idée de me perdre quelques instants plus tôt, décidait subitement de me livrer au bon vouloir de nos ravisseurs. Quelque chose m’échappait. Jamais je ne pourrais me résoudre à croire qu’André avait agi ainsi pour se débarrasser de moi, pour ne plus avoir à supporter mon agonie. Jamais ! Et pourtant… pourtant… je me sentais trahie… trahie par l’homme en qui j’avais le plus confiance. Oh André, pourquoi, pourquoi m’as-tu abandonné au moment où j’avais le plus besoin de ta présence ? Qu’allait-il advenir de moi maintenant ?

- Ah, vous êtes enfin réveillée ? Je commençais à croire que la dose de somnifère que je vous avais administrée avait eu raison de vous. Mais heureusement, il n’en est rien !

J’ouvrai lentement les yeux pour identifier l’homme assis à mon chevet. Un sourire éclairait son visage. C’était un homme d’une cinquantaine d’années. Ses cheveux grisonnants et ses yeux tombants lui donnaient l’air bienveillant. Apparemment, je n’avais rien à craindre de cet homme.

- Qui êtes-vous ? Il ne me semble pas vous connaître.
- Je suis votre mari, belle enfant.
- Comment ? Mon mari ? Mais…

Sidérée par ce que mes oreilles venaient d’entendre, je me redressai d’un bond. Malheureusement, une douleur fulgurante me traversa la poitrine et je dus reposer la tête sur l’oreiller.

- Je vous en prie, ma mie, ménagez-vous. Vous êtes encore très faible. Votre blessure n’est pas encore toute à fait guérie… Si vous voulez que je vous vienne à bout du mal qui vous ronge, laissez d’abord à votre blessure le temps de cicatriser… autrement je ne pourrai plus rien faire pour vous…
- Mais je ne vous ai rien demandé, monsieur… Maintenant si vous voulez bien me préparer mes affaires pour que je puisse me changer et partir d’ici, je vous en serais gré.
- Il n’en est pas question, chère amie ! Je vous ai déjà perdue une fois, je ne vous perdrai pas deux fois.

Et avant que je n’ai eu le temps de protester, l’homme qui se disait être mon mari_ mon Dieu, mon mari, non ce n’était pas possible !_ planta une seringue dans mon bras. Je sentis le sommeil me gagner progressivement. Ma dernière pensée fut destinée à André.

« Oh, André… dis-moi que tu ne m’as pas laissée devenir la femme de cet homme délibérément, oh je t’en prie, André dis-moi que ce n’est pas le cas…autrement je crois bien que je ne m’en remettrais jamais… »

***

Deux semaines s’étaient écoulées depuis que j’avais appris le mariage d’Oscar avec Monsieur Ferguson. J’étais anéanti. Je n’avais pas pu empêcher cette ineptie. Oscar ne serait jamais mienne. Jamais ! J’aurais tant voulu lui demander sa main… Après ce qu’André lui avait fait, j’étais convaincu d’avoir une chance.

Non, je ne devais pas me laisser abattre. Il fallait que je retrouve Oscar coûte que coûte.

« Dussé-je y mettre des années, je la retrouverai. Une fois cette tâche accomplie, je m’enfuirai avec elle pour qu’elle ne revoit jamais ni ce médecin ni André. J’en fais la promesse solennelle. »

A suivre…

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Fanfiction Lady Oscar – Trahison – Chapitre 3 : Séparation

Posté par marayahoneychan le 18 avril 2009

Résumé : Après avoir été blessé, capturé et jeté en prison, André découvrira qu’Oscar est gravement malade. Le jeune homme mettra alors tout en oeuvre pour tenter de lui sauver la vie…

 

Chapitre 3 : Séparation

Deux jours s’étaient écoulés depuis mon entrevue avec le chef du clan et je n’avais toujours pas trouvé le courage de parler à Oscar. Malgré tous mes efforts, je ne pouvais me résoudre à l’abandonner aux bons soins d’un autre homme. A la seule pensée qu’il puisse la toucher, mon cœur se glaçait d’effroi. Et pourtant… pourtant… il fallait que je lui parle, que je la persuade d’épouser ce médecin. Lui seul était capable de la sauver. Et s’il y avait une chose que je souhaitais plus que tout au monde, c’était qu’Oscar vive ! Même sans moi, Oscar devait vivre, oui VIVRE !

Mais comment le lui faire comprendre ?

Oscar n’allait jamais accepter d’épouser un inconnu, juste parce que je lui demandais. Même si c’était pour son bien. J’allais agir par pur égoïsme, j’en étais pleinement conscient mais la seule idée de la perdre m’était insupportable ! La voir mariée à un autre serait un moindre mal à côté de la douleur qui me transpercerait le cœur si jamais elle mourait. Aimer Oscar à distance, je pouvais encore le concevoir. Après tout, cette situation n’était pas nouvelle pour moi. J’avais passé tant d’années à l’aimer sans être aimée d’elle en retour que ce retournement de situation subit me semblait désuet en comparaison. Par contre, le seul fait d’imaginer un seul instant, une seule fraction de seconde ma vie sans elle constituait une véritable torture ! Lorsqu’elle serait mariée à ce médecin, je pourrais toujours veiller sur elle à distance mais si elle mourait… je…je serais seul… désespérément seul…

- André ?
- Oui, Oscar ? demandai-je sans oser la regarder en face.
- Tu as l’air préoccupé ces temps-ci. Je ne voudrais pas que tu t’en fasses autant pour moi, André. J’ai besoin que tu sois fort. C’est très dur pour moi aussi et sans ton soutien, je n’y arriverai pas. Non, je n’y arriverai pas…

« Si tu savais Oscar, oui si tu savais à quel point je me hais… je suis faible et égoïste… mais je t’aime tant Oscar… tant… »

- S’il te plaît, André, promets…ha… promets-moi…ha… promets-moi que… ha…

A mon grand désespoir, Oscar semblait avoir de plus en plus de mal à parler sans s’essouffler. Son corps n’en supporterait bientôt plus davantage. Même si cela me fendait le cœur, il fallait que je lui parle. Oui il le fallait.

- An… André … je

Alarmé par la difficulté croissante à laquelle semblait faire face Oscar pour articuler, je relevai la tête vers elle. Mon œil s’arrondit d’horreur à la vue du spectacle qui s’offrait à moi. Les traits du visage d’Oscar étaient déformés par la douleur. Des gouttes de sueur dévalaient son front et ses tempes. Une main autour de la gorge, Oscar tentait vainement de reprendre son souffle. Ses yeux me suppliaient de lui venir en aide.

Tandis que j’avançais mes mains vers elle avec incertitude, je la vis défaillir et basculer la tête la première. Un mince filet de sang s’échappait de sa bouche.

- OSCAR !!

Sans attendre davantage, je me précipitai vers elle et la réceptionnai de mes deux bras pour éviter qu’elle ne heurte le sol.

- Oscar ?? Est-ce que ça va ? Oh Oscar…

Je l’allongeai délicatement sur le sol crasseux de la cellule et déboutonnai le haut de son chemisier pour lui permettre de respirer.

- Est-ce que ça va mieux Oscar ? Tu m’as fait si peur…, murmurai-je les yeux brillants de larmes.
- André ?

Sa voix était presque inaudible. C’est à peine si je l’entendais.

- Oui Oscar ? répondis-je en lui prenant la main.
- André… promets-moi… promets-moi que tu ne me quitteras jamais… promets-le moi, André !
- Oscar…
- Promets-le moi, André !
- Je… je te le promets, Oscar…

Mon cœur se serra. Alors que je m’étais enfin décidé à lui parler de Monsieur Ferguson, voilà que je lui promettais l’impossible. Mais pourquoi ? Pourquoi ? Se pourrait-il que je me sois trompé ? Se pourrait-il que je ne sois finalement pas capable de me séparer d’Oscar ? Oh mon Dieu, aidez-moi ! Donnez-moi la force de mettre un terme à nos relations ! Je vous en supplie Seigneur, donnez-moi la force…

- Je t’ai menti, André.

Je la dévisageai d’un œil interrogateur. A mon grand soulagement, Oscar semblait avoir beaucoup plus de facilité à s’exprimer.

- Je t’ai dit que j’acceptais l’idée de mourir mais c’est faux. La mort m’effraie. André, je ne veux pas être séparée de toi !

Tout en parlant, Oscar s’était rapprochée de moi. Je la sentais prête à éclater en sanglots. Mu par un élan protecteur, j’attirai sa tête contre mon torse.

- Pleure, Oscar. Pleure autant que tu veux…Tu n’as pas à te montrer forte devant moi…

Le visage enfoui entre les pans de ma chemise, Oscar se mit à pleurer doucement.

« Tu n’as plus à t’inquiéter, Oscar. Je ne te lasserai pas mourir… »

***

A mon grand regret, André avait à nouveau dû quitter la cellule pour s’entretenir avec le dirigeant du clan qui nous séquestrait. Il y a avait maintenant deux heures qu’il était parti et je commençais sérieusement à m’inquiéter. Pourquoi tardait-il tant ? Pourquoi ? Un horrible pressentiment s’était insinué en moi et ne cessait de croître à mesure que les minutes s’écoulaient. J’avais affreusement peur de l’avenir. Je ne voulais pas quitter l’homme que j’aimais. Je connaissais la fragilité d’André et redoutais qu’il ne puisse survivre à ma disparition. J’aurais aimé vivre pour lui.

Le cliquetis du loquet de la porte me fit sortir de ma rêverie. Je levai la tête vers l’entrée et aperçus André qui pénétrait lentement dans la pièce. Ses traits étaient durs, son visage fermé. Je ne l’avais jamais vu comme ça. Je me dirigeai vers lui, prête à entendre ses explications, mais ses lèvres demeurèrent closes. La couleur de ses yeux était terne et triste. Nous nous dévisageâmes quelques secondes puis André détourna les yeux. Comme si le simple fait de me voir lui était devenu insupportable. A cette simple pensée, mon cœur chavira. Je sentais qu’André m’échappait petit à petit et cela m’attristait au plus haut point. Si seulement je parvenais à comprendre les raisons de son attitude étrange… André m’aimait, j’en étais certaine… mais son courage n’était peut-être pas sans faille… ma maladie était sans doute plus qu’il n’en pouvait supporter… Oh André, ne m’abandonne pas, je t’en prie !

- Quel manque d’entrain dites-moi ! Vos retrouvailles ne sont pas bien gaies…

Cette brusque intervention de la part du « boss » me fit sursauter. Je ne m’étais pas rendue compte qu’André était accompagné. L’homme pénétra à son tour dans le cachot et s’avança vers moi. J’étais médusée. Que me voulait donc cet homme ? Je jetai un coup d’œil à André, espérant obtenir de sa part un soutien quelconque mais sans succès. Le regard d’André était à présent vide de toute expression.

- Alors André, tu ne lui as toujours pas dit ? Hé bien soit, dans ce cas, c’est moi qui vais le faire.

Ses lèvres esquissèrent un sourire narquois.

- Vous vous rappelez certainement de l’homme qui vous a soigné à votre arrivée ici, Mademoiselle de Jarjayes ?
- O…oui, mais…
- Cet homme désire vous épouser.
- Co… Comment ? M’épouser ? Mais…

C’était la chose la plus insensée que j’avais entendu de toute mon existence. Comment une idée aussi absurde avait-elle pu, ne serait-ce qu’un instant, effleurer l’esprit de cet homme ? Je n’étais pas un jouet, une marionnette, que diable ? On ne pouvait disposer de moi comme d’un vulgaire objet ! Je sentais peu à peu la colère m’envahir.

- Si j’étais vous, Mademoiselle de Jarjayes, je réfléchirai à deux fois avant de refuser cette proposition de mariage. N’oubliez pas que cet homme est médecin et un des meilleurs, qui plus est. Lui seul est capable de venir à bout du mal qui vous ronge.
- Mais il n’en est pas question ! Jamais, je n’épouserai cet homme ! J’ose espérer que tout cela n’est qu’une mauvaise plaisanterie !

J’étais tellement furieuse que j’en oubliais ma séquestration.

- Vous semblez oublier, Mademoiselle, que vous n’êtes pas en position de refuser quoi que ce soit ! ironisa l’homme avant d’éclater de rire.

Je serrai les dents. S’il croyait que j’allais me laisser impressionner aussi facilement, il se fourvoyait !

Avant que j’aie pu esquisser le moindre geste en sa direction, l’homme me saisit le poignet et m’entraîna jusqu’à la porte.

- Lâchez-moi !! Vous entendez, lâchez-moi !! Mais, enfin André, fais quelque chose ! Aide-moi ! Ne reste pas planté là ! ANDRE !

Mais à mon grand désarroi, André ne bougea pas d’un millimètre. Il me regardait sans mot dire, le regard vide de tout sentiment. D’un geste brusque, je me libérai de l’emprise de mon agresseur et me dirigeai rageusement vers André.

- André mais enfin réveille-toi !! Tu n’as donc pas entendu ce que vient de dire cet homme ?!
- …
- André ?
- …
- Mais réponds-moi à la fin !

J’avais beau m’égosiller, André ne réagissait toujours pas. Je sentais les larmes me monter aux yeux.

- Je ne comprends pas André, pourquoi ne dis-tu rien ? Pourquoi ?

Pour toute réponse, André m’attira vers lui et m’embrassa de force. J’écarquillai les yeux de stupeur. Mais quelle mouche le piquait donc de se comporter ainsi ? Malgré tous mes efforts, je ne parvenais pas à en comprendre la raison. C’est alors que je sentis une violente douleur me transpercer l’abdomen. Horrifiée, je me rendis compte que le poing d’André s’enfonçait progressivement dans mon estomac. Mais la douleur physique n’était rien en comparaison de la souffrance morale que m’affligeait la trahison d’André.

- Pourquoi ? Pourquoi… murmurai-je d’une voix éteinte avant de perdre connaissance.

***

- Pardonne-moi, Oscar, pardonne-moi !

Tout en prononçant ces paroles, j’empêchai le corps inerte de la femme que j’aimais de s’écraser au sol. Les mains sous ses aisselles, je prenais peu à peu conscience de l’implacable vérité à laquelle je devais faire face. Alors que je m’étais juré de ne jamais porter la main sur elle, je venais de frapper Oscar !

Ses boucles blondes étaient retombées sur mes avant-bras et masquaient à présent la quasi-totalité de son visage. Je ne pouvais détacher les yeux de ce spectacle horripilant. Et dire que j’en étais l’instigateur ! Je me haïssais plus que jamais. Comment avais-je pu agir aussi cruellement avec elle ? Je l’avais trahi, TRAHI !! Cette seule pensée suffit à me déchirer le cœur.

Incapable d’en supporter davantage, je m’effondrai au sol en serrant le corps d’Oscar dans mes bras.

- Oh Oscar, Oscar… pardonne-moi… je t’aime tellement ! Je ne pouvais pas supporter l’idée de te perdre…

Avant que je ne réalise ce qui se passait, le corps d’Oscar me fut arraché violemment.

- Sois sans crainte, André ! Ton sacrifice ne sera pas vain ! Oscar vivra, tu verras !

Et emportant Oscar avec lui, l’homme disparut derrière la porte de la cellule.

***

Je ne dormais plus, je ne mangeais plus. Je n’étais plus que l’ombre de moi-même depuis qu’Oscar n’était plus à mes côtés. Je dépérissais à vue d’œil. Avais-je pris la bonne décision ? Pas une minute, pas une heure, pas un jour ne passait sans que je me pose cette question. Mais quelle importance après tout ! Oscar n’était plus là… J’avais tout perdu. Tout. Même ma fierté d’homme. J’avais trahi la seule femme que j’avais jamais aimée et celle-ci ne me le pardonnerait sans doute jamais. Je n’avais même plus envie de m’enfuir. Je voulais mourir.

- André ? André c’est toi ?

Je relevai la tête sans grande conviction. Plus rien n’importait de toute façon. Je n’avais que faire de ce qui m’entourait.

- André ? Dépêche-toi enfin ! Je suis venu te porter secours ! Dès que j’ai appris votre enlèvement à tous deux, j’ai tout fait pour vous retrouver ! J’ai remué ciel et terre pour vous ! Allons André ! Dépêche-toi, le temps presse !

Je ne bougeai pas. Je ne pouvais plus esquisser un seul geste. J’étais comme paralysé par la présence de l’homme qui me faisait face.

- Fer… Fersen ?

A suivre…

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Fanfiction Lady Oscar – Trahison – Chapitre 2 : Sacrifice

Posté par marayahoneychan le 18 avril 2009

Résumé : Après avoir été blessé, capturé et jeté en prison, André découvrira qu’Oscar est gravement malade. Le jeune homme mettra alors tout en oeuvre pour tenter de lui sauver la vie…

 

Chapitre 2 : Sacrifice

J’observais Oscar, ahuri. Pourquoi m’avait-elle repoussé si violemment ? Qu’avais-je donc fait qui eut pu justifier une telle conduite ?

- Oscar, pourquoi… je ne comprends pas…
- Il n’y a rien à comprendre. Je ne suis plus d’humeur, c’est tout.

A peine avait-elle prononcé ces mots qu’une quinte de toux la saisit. Une quinte de toux terrifiante. Jamais jusqu’à maintenant je n’avais entendu quelqu’un tousser de cette façon. On aurait dit qu’Oscar allait cracher ses poumons. Atterré, je la vis porter la main à sa bouche et l’en retirer précipitamment. Un simple regard vers cette main couverte de sang et mon cœur se glaça d’effroi. Non, ce n’était pas possible, Oscar n’était pas… Oscar ne pouvait pas…

Je me rapprochai d’elle et l’obligeai à me faire face. Un mince filet de sang s’écoulait de sa bouche.

- Oscar… depuis quand ? demandai-je tout en la secouant par les épaules.
- André… je…
- DEPUIS QUAND ?

Enragé par cette terrible nouvelle, je la bousculai de plus bel. Des larmes dévalèrent ses joues.

- Arrête André… tu me fais mal… mais bon sang ARRETE !

Prenant conscience de mon agressivité soudaine, je cessai de la brutaliser et baissai la tête.

- Pourquoi Oscar ? Pourquoi ne m’as-tu rien dit ?

Je lâchai ses épaules et me dirigeai vers le mur.

- POURQUOI ? tempêtai-je tout en écrasant rageusement mon poing sur la pierre. J’avais pourtant le droit de savoir !
- Je ne voulais pas t’inquiéter inutilement, voilà tout…
- Inutilement ? Tu parles comme s’il ne s’agissait que d’une chose bénigne, insignifiante… Mais Oscar tu… tu…

Je ne parvins pas à terminer ma phrase. Je ne pouvais prononcer ces mots qui me faisaient si mal.

- Oui je vais certainement mourir, André. Ca a été dur mais j’ai fini par l’accepter.
- Tu l’acceptes peut-être mais moi non !

Je me retournai vers elle, l’œil en pleurs et les poings serrés.

- Jamais je n’accepterai de te perdre, jamais !

Oscar se leva et s’approcha lentement de moi.

Mu par un élan de tristesse infinie, je tombai à genoux et lui enserrai la taille.

- Pourquoi faut-il que tu meures, Oscar ? Pourquoi alors que nous avions enfin une chance d’être heureux ? Voilà près de 20 ans que j’attends de pouvoir crier au monde que je t’aime… 20 ans…

Oscar me caressa tendrement les cheveux.

- Je sais, André, murmura-t-elle d’une voix douce. Je sais…

Je la serrai plus fort. Je ne voulais pas la perdre. Elle était toute ma vie. Oh, Oscar… J’enfouis la tête sous sa poitrine, laissant libre cours à mon chagrin.

- Ne me quitte pas, Oscar ! Je t’en conjure ! Ne me laisse pas seul…

Je pleurais toutes les larmes de mon corps.

- Oscar…

Je me cramponnai à elle jusqu’à l’étouffer.

- André, je t’en prie, reprends-toi, me dit-elle, j’ai besoin que tu sois fort. Autrement, je n’aurais pas le courage de lutter jusqu’au bout…

Son corps tremblait, je pouvais le sentir. Je relevai la tête en direction de son visage. Ses paupières étaient closes. Elle les serrait si fort que de petites rides étaient apparues au coin de ses yeux. Oui, je devais me ressaisir. Oscar avait raison. Je devais me montrer fort. Pour elle. Je me redressai et la pris tendrement dans mes bras. Elle posa sa tête contre mon épaule et nous restâmes ainsi pendant de longues, longues minutes, sans qu’aucun de nous deux ne se décide à rompre la sérénité de l’instant.

***

Le grincement des clefs dans la serrure me fit sursauter. Un grand gaillard apparut sur le seuil de la porte et se dirigea vers André.

- Toi, tu viens avec moi. Le chef veut te voir, mugit-il en empoignant André par le bras.
- Mais qu’est qu…

André était interloqué.

Je m’avançai vers eux d’un pas décidé et posai une main sur le poignet de l’homme.

- Que lui voulez-vous ? Si votre chef désire le voir, il n’a qu’à se déplacer lui-même ! André ne bougera pas d’ici !
- Oscar…

Mes bras tremblaient mais je tenais bon. Je ne pouvais tout de même pas le laisser emmener André ! L’homme me fusilla du regard. Il était si impressionnant que j’eus un mouvement de recul. Profitant de ma déconfiture, il me saisit l’épaule et me repoussa violemment au sol.

- Toi, dégage de là ! Je n’ai pas d’ordre à recevoir de toi !
- Oscar !

André tenta de se dégager mais en vain. La force physique de l’homme était telle qu’elle le clouait sur place.

- Oscar ! Est-ce qu…
- La ferme !!

L’exaspération de l’homme était à son comble. Il se retourna une nouvelle fois vers moi.

- Ne t’avise plus de te mettre en travers de mon chemin ou il vous en coûtera à tous les deux ! C’est bien compris !

Ses yeux étaient enflammés. Les miens lançaient des éclairs. Nous nous foudroyâmes ainsi du regard pendant une bonne minute puis l’homme éclata d’un rire sinistre.

- Tu me plais ! Si tu n’étais pas un homme, crois bien que toi et moi… il y a longtemps…

Et il se remit à rire bruyamment.

- Mais qu’est ce que je raconte ? Tu es un homme de toute façon… Allez viens toi, on s’en va ! Le chef nous attend !

En peu de temps qu’il fallut pour le dire, l’homme disparut derrière la porte, emmenant André avec lui. Je me mis à courir en direction de l’entrée en criant : « André ! André ! ». Je me laissai tomber lentement sur le sol tout en martelant la porte de mes poings.

- Non, André ! André !

J’arrêtai de frapper.

- Je vous en supplie… ne lui faîtes pas de mal… murmurai-je tristement avant de m’asseoir sur le pas de la porte. Je vous en supplie…

***

Celui qu’ils appelaient « chef » me dévisageait déjà depuis un bon moment lorsqu’il ouvrit enfin la bouche.

- Je vais être direct avec toi. Tu tiens à la vie de ton amie, n’est-ce pas ?

A ces mots, mon cœur s’emballa. Il en voulait à la vie d’Oscar ?

- Evidemment que je tiens à lui !! Si jamais…
- Ne me menace pas ! Tu n’es pas en position de le faire ! Ecoute-moi plutôt, au lieu de fatiguer en paroles inutiles !
- …
- Bien je vois que tu commences à comprendre.

Il s’interrompit quelques instants puis reprit d’une voix calme.

- Oscar, c’est bien ça ?

J’acquiesçai silencieusement de la tête. L’appréhension de ce qui allait suivre était telle qu’il m’était à présent très difficile d’articuler un mot.

- Nous savons que ton amie est gravement malade. Le médecin du clan a découvert sa maladie en soignant ses blessures. En outre, nous venons d’apprendre qu’Oscar de Jarjayes n’était pas noble. Ou du moins qu’elle avait renoncé à ses titres de noblesse. Mais ne t’inquiète pas, nous n’avons rien dit au reste de la troupe. Car s’ils l’apprenaient, ils deviendraient fous de rage ! Tu t’imagines bien qu’ils espéraient tirer profit de votre capture…

Je trouvai enfin la force de parler.

- Mais pourquoi me dites-vous tout cela ? Quel intérêt avez-vous à me faire part de ces découvertes ? Je ne comprends pas…
- J’essaie de vous sauver la vie. Alors sois moi reconnaissant !
- Je…
- Tu veux savoir ce qu’on attend de toi ? Eh bien soit, je vais te le dire. Nous espérons que tu convaincras Oscar d’épouser l’homme qui lui a sauvé la vie !
- COMMENT ??!!

Je me levai de ma chaise, en proie à un choc effroyable.

- Tu as très bien entendu, continua mon interlocuteur. Le médecin, Monsieur Ferguson, est un ami à moi et il commence à se faire vieux. Lorsqu’il a vu Oscar, il est tout de suite tombé sous son charme. Monsieur Ferguson la veut pour femme. Et il n’y a aucune raison pour que je lui refuse cette faveur. D’autant qu’elle ne nous est à présent d’aucune utilité…
- Jamais, vous m’entendez, jamais je ne ferai une chose pareille !! Non mais pour qui vous prenez-vous…

Je serrai les poings de rage et m’apprêtai à fondre tête baissée sur mon interlocuteur.

- Vous ne voulez donc pas lui sauver la vie ? Monsieur Ferguson est un très bon médecin. Il la soignera. Il me l’a promis.

Je m’arrêtai net en entendant ces mots. Je ne pouvais croire ce que j’entendais. Il y avait donc un moyen de sauver la femme que j’aimais ?

- Si vous l’aimez_ et je n’en doute pas une seconde_ vous ferez ça pour elle, j’en suis persuadé.

Je me rassis sans mot dire. J’avais l’impression que le monde s’écroulait autour de moi. Convaincre Oscar d’épouser cet homme ! C’était ridicule ! Jamais elle n’accepterait ! Jamais JE n’accepterais ! Si quelqu’un devait devenir son mari un jour, ce ne pouvait être que moi. Moi et moi seul ! Pourtant s’il y avait ne serait-ce qu’un infime moyen de lui sauver la vie, je ne devais pas l’ignorer. Non, je ne devais pas l’ignorer ! Mieux valait la voir mariée avec un autre que la condamner en lui refusant cette chance !

- Réfléchis bien, mon ami et dis-toi que si mes hommes apprennent qu’Oscar n’est pas noble, celle-ci risque de passer un mauvais quart d’heure. Sans parler du danger qu’encourra votre amie si je venais à leur révéler sa véritable nature… Mes hommes ont été privés de femmes depuis bien trop longtemps… s’ils apprennent qu’Oscar est une femme, ils la violeront, sois en certain…
- Ca suffit ! Arrêtez !

Les dernières paroles de mon interlocuteur avaient eu raison de moi. Je ne pouvais en supporter davantage. J’avais encore en tête la façon dont l’homme qui m’avait conduit ici avait regardé Oscar. Il l’avait pratiquement déshabillé du regard !

- C’est d’accord, dis-je, je ferai ce que vous m’avez demandé… mais laissez-moi un peu de temps…
- Mais bien sûr, c’est bien naturel ! Prends tout le temps qu’il te faudra… mais sache quand même que notre patience a des limites.

***
La porte s’ouvrit et André pénétra dans la pièce en titubant. Je me précipitai vers lui et me jetai à son cou.

- Oh, André, tu n’as rien ? Je me suis fais un sang d’encre tu sais…
- Non je n’ai rien Oscar, rassure toi, me répondit-il d’une voix triste.
- Que s’est-il passé André ? A te voir on dirait que tu as vu un fantôme…
- Rien, rien de particulier Oscar… Ils. ils voulaient juste vérifier l’état de mes pansements. Il ne faut pas que nous soyons trop amochés tu comprends, dit-il en souriant faiblement.

Je ne sais pas pourquoi mais j’avais le sentiment qu’André me cachait quelque chose. Puis je me souvins du choc qu’il avait eu en apprenant ma maladie. André n’allait certainement pas s’en remettre aussi facilement. D’où la raison de cet air emprunt de tristesse et de mélancolie. Oui, ce devait être ça…

André me regardait intensément. Il posa la main sur ma joue et écarta les mèches rebelles qui recouvraient mon visage.

- Tu as l’air fatiguée, Oscar. Il vaudrait peut-être mieux que tu te reposes un peu… Viens asseyons-nous là !

Et nous prîmes place à terre, le dos collé au mur du cachot. André passa son bras autour de mes épaules et je posai ma tête sur ses genoux.

- André, il faut que nous trouvions un moyen de sortir d’ici, ça ne peut plus durer, dis-je en levant les yeux vers lui.
- Oui, Oscar, nous y penserons demain. Mais en attendant, dors, tu en as besoin.
- Oui…

Je fermai les yeux. Je me sentais si lasse. La maladie sont je souffrais me dévorait à petit feu et je perdais peu à peu mes forces. Si je restais plus longtemps dans cette prison, je perdrais la vie. J’en étais consciente. André en était conscient. Nous le savions tous les deux. Malgré tout, nous ne pouvions faire qu’attendre, attendre qu’un miracle se produise. Ce miracle arriverait-il jamais ?

A suivre…

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Fanfiction Lady Oscar – Trahison – Chapitre 1 : Au fin fond du cachot…

Posté par marayahoneychan le 18 avril 2009

Résumé : Après avoir été blessé, capturé et jeté en prison, André découvrira qu’Oscar est gravement malade. Le jeune homme mettra alors tout en oeuvre pour tenter de lui sauver la vie…

 

Chapitre 1 : Au fin fond du cachot…

Un coup de feu retentit. Mue par une impulsion subite, je pivotai en direction d’André. Comme je le pressentais, celui-ci gisait au sol, la veste maculée de sang. Je me précipitai vers lui en criant son nom de toutes mes forces. Le visage d’André était déformé par la douleur. Plus que quelques pas et j’arrivai à sa hauteur.

« Je ne te laisserai pas mourir, André !!! »

A peine avais-je eu cette pensée qu’une autre détonation se faisait entendre. Sans réfléchir, je me jetai sur lui. C’était sa vie ou la mienne ! Je n’avais même pas eu à réfléchir avant de prendre cette décision, mon corps avait réagi de lui-même. La balle atteignit mon dos de plein fouet ! L’impact fut si brutal que je ne pus m’empêcher de pousser un cri strident.
Blessée, je m’effondrai sur André. Mes oreilles bourdonnaient, ma vision se troublait. J’avais alors beaucoup de peine à entendre ce que me disait André.

Alors que je perdais connaissance, deux bras puissants me soulevèrent et me transportèrent à l’écart du champ de bataille. Les bruits de canons se dissipèrent progressivement. Lorsqu’ils eurent enfin cessé, l’homme me posa à terre. Je tentai d’ouvrir les yeux mais en vain. Mes paupières étaient trop lourdes. Résignée, je me laissai donc sombrer dans l’inconscience.

« Pourvu qu’André ne soit pas gravement blessé ! » murmurai-je avant de m’abandonner complètement dans les bras de mon mystérieux sauveteur.

***

Je ne voulais pas perdre Oscar de vue. Autrement, j’étais persuadé que je ne la reverrais jamais plus. Malgré la lourdeur de mes paupières et l’intensité du mal qui me rongeait le corps, je ne pus me résoudre à détacher les yeux de la femme que j’aimais. Alain l’avait prise dans ses bras et la conduisait à présent vers un endroit sûr, à l’abri des balles et des canons. Alors que je commençais à désespérer à l’idée de ne plus la voir, deux paires de bras masculins me soulevèrent et m’amenèrent auprès d’elle. Son visage était pâle, si pâle. Pourquoi avait-il fallu qu’elle s’interpose ? J’aurais donné ma vie pour elle, sans aucune hésitation, si cela avait été nécessaire ! Mais voilà, Oscar avait surgi de nulle part et s’était placé dans la trajectoire de la balle pour me protéger. Elle m’avait sauvé la vie ! Comme ce fameux jour où elle avait offert de mourir à ma place pour m’éviter la peine de mort. Vu la fureur du roi à cet instant, celui-ci aurait très bien pu accéder à sa requête sans l’ombre d’un remord. Oscar en était alors parfaitement consciente. Pourtant, elle n’avait pas hésité une seconde à sacrifier sa vie pour sauver la mienne ! Depuis cette scène mémorable, je n’avais pas encore eu l’occasion de lui rembourser ma dette. Je me sentais si misérable ! Comment pouvait-elle aimer un homme comme moi ? Je n’avais même pas pu la protéger…

Je lui pris la main. La froideur de ses doigts me glaça le sang.

« Oscar, bats-toi, je t’en prie… ne m’abandonne pas… »

Malgré tous mes efforts pour rester conscient et veiller sur Oscar, mes paupières s’alourdirent et le sommeil finit par avoir raison de moi.

***

Lorsque je revins à moi, Oscar et moi étions allongés l’un en face de l’autre, nos deux corps vibrant au rythme d’un carrosse bringuebalant. Oscar n’était toujours pas revenue à elle. L’un de ses bras pendait dans le vide. Désireux de lui transmettre un peu de ma force, j’attrapai ce dernier et laissai glisser mes doigts le long de sa manche avant de lui emprisonner le poignet. Grâce à Alain et aux soldats des Gardes françaises nous étions désormais à l’abri des canons et des fusils qui encombraient Paris mais la route était peu sûre en ces temps belliqueux et je doutais que nous arrivions sans encombres jusqu’au village le plus proche.

Je ne me trompais pas. Comme je le pressentais, des chevaux ne tardèrent pas à encercler le carrosse. Lorsque celui-ci fut immobilisé, deux cavaliers masqués ouvrirent la portière et s’emparèrent d’Oscar. Déchiré à l’idée qu’ils puissent lui faire du mal, je ne pus me résoudre à délaisser sa main. Comprenant que je ne lâcherais pas prise aussi facilement, deux hommes contournèrent le carrosse et m’empoignèrent les épaules. La pression fut telle que je ne pus résister bien longtemps. Epuisé par tant d’acharnement de la part de nos assaillants, je finis par abandonner le combat.

- Non, lâchez-le ! Oscar, Oscar…. ! criai-je au bord du désespoir.

Oscar ne répondait toujours pas. Elle était sans défense, prisonnière de ces hommes et je ne pouvais rien faire. J’étais une fois de plus incapable de la sauver. Je maudissais mon impuissance.

- Si vous lui faîtes du mal, je vous jure que vous le regretterez !!! m’époumonai-je dans l’espoir vain de les déstabiliser.
- Mais bon sang ! Faîtes-le taire !ordonna l’un des cavaliers
- A vos ordres, répondit mon agresseur avant de plaquer l’une de ses mains sur mes lèvres.
- Nous allons les emmener au QG, continua le premier cavalier. Vu leurs tenues, il doit s’agir de militaires. Peut-être même de nobles à en juger par les traits fins et l’aspect distingué de celui-ci.

Il désigna Oscar du regard.

- Ils nous serviront de monnaie d’échange. D’ici quelques temps, l’argent coulera à flots et nous deviendront riches. Nous pourrons alors échapper au joug de mon frère.

Le cavalier qui avait prononcé ces dernières paroles se mit à rire bruyamment.

Les battements de mon cœur s’accélérèrent. Qu’allait devenir Oscar une fois qu’ils se rendraient compte qu’elle n’appartenait plus à la noblesse ? Je n’osais y penser. Oscar avait renié son nom et sa fortune pour être à mes côtés et pouvoir, un jour, devenir ma femme. Elle l’avait fait pour moi. Pour moi. Et voilà que…

« Oh, mon Dieu… faîtes qu’ils ne découvrent pas la vérité… Je vous en prie, Seigneur, protégez-la puisque j’en suis incapable. Si jamais il lui arrivait quelque chose, je m’en voudrais jusqu’à la fin de ma vie… »

J’étais tellement absorbé par mes pensées que je ne m’étais pas rendu compte que étions déjà parvenus dans leur repaire.
Une porte en fer s’ouvrit et nous fûmes propulsés dans un cachot sombre et nauséabond.

- Nous les garderons ici aussi longtemps qu’il le faudra. Maintenant, fermez la porte ! ordonna celui qui devait être leur chef.

La porte d’acier grinça. Celle-ci commençait à emporter avec elle la lumière du jour, lorsque, mu par une impulsion subite, je me précipitai vers elle.

- Non, attendez, ne fermez pas !! Oscar est blessé !! Il faut le soigner ! Je vous en prie… Si vous le laissez mourir, jamais vous n’aurez la rançon… vous m’entendez, jamais !

J’avais prononcé ces paroles d’une seule traite, le cœur battant.

« Pourvu qu’ils me croient, pourvu… »

- C’est d’accord. Soignez-le.

A mon grand soulagement, Oscar fut emmenée temporairement loin de cette prison, qui aurait pu lui être fatale vu la gravité de son état. Je me retrouvais donc seul. Seul avec la redoutable crainte de ne jamais véritablement réussir à rendre heureuse la femme que j’aimais.

Vaincu par la tristesse et l’épuisement, je m’effondrai au sol. Une flaque de sang chaud se répandit sur les dalles boueuses du cachot. J’étais blessé mais peu importe. Seule comptait Oscar…

***

J’étais adossée contre l’un des murs du cachot depuis un bon moment maintenant. Des bandages entouraient ma taille. Je ne me souvenais plus des raisons qui m’avaient conduite ici mais peu m’importait. André était avec moi et il était vivant. C’était tout ce qui comptait. Je baissai les yeux vers lui. Sa tête reposait sur mes genoux. Lentement, gentiment, je lui caressais la joue. Je sentais le souffle chaud de ses lèvres sur ma main.

Lorsque je l’avais vu étendu au sol à mon retour, mon cœur s’était emballé. Je l’avais cru mort. Les hommes qui m’accompagnaient s’étaient eux aussi aperçus de son inertie mais aucun d’eux n’avait esquissé un geste en sa direction. C’est alors que leur chef avait ouvert la bouche et avait ordonné qu’on lui apporte les soins nécessaires. Ses hommes s’étaient exécutés sans mot dire et avait emmené André hors de la prison.

Son retour avait été pour moi un immense soulagement. Je l’avais alors pris dans mes bras et serré très fort contre moi. Je ne pouvais supporter l’idée de le perdre.

André ouvrit les yeux au moment même où l’une de mes larmes s’échouait sur son front. Il mit quelque temps à émerger du sommeil puis sans que je m’y attende vraiment, se leva d’un bond et me serra contre lui.

- Oscar ! Tu es vivante ! Tu es vivante… pleura-t-il presque.

Je remontai mes bras à hauteur de ses omoplates.
- C’est plutôt à moi de dire ça, André ! Quand j’ai pénétré dans le cachot, tu étais étendu au sol, sans vie. J’ai bien cru que tu étais mort !!

André s’écarta de moi et prit ma tête entre ses mains. Mes yeux plongèrent dans son regard émeraude. André approcha son visage du mien et nous nous embrassâmes langoureusement. L’étreinte fut longue et passionnée, jusqu’à ce qu’un haut-le-cœur m’oblige à mettre fin à nos ébats. Sans jeter un coup d’œil en direction d’André, je détournai la tête. Le sang, le sang envahissait ma bouche. Non, pas maintenant ! André ne devait pas savoir ! Il ne devait pas avoir vent du mal qui me rongeait de l’intérieur !

- Oscar ? Est-ce que ça va ? Oscar !
- Lâche-moi, André !
- Mais, Oscar…
- Tu as entendu ce que je viens de dire ! Lâche-moi ! hurlai-je tout en le repoussant violemment.

Je ne voulais pas. Non, je ne voulais pas qu’il sache que j’étais condamnée. S’il l’apprenait, il ne s’en remettrait certainement jamais. Et nous devions sortir d’ici !! Pour cela, André devait conserver tout son optimisme. Autrement, il ne sortirait jamais vivant de ces murs !

A suivre…

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